Poursuivons l’engagement de Suzanne Citron

Suzanne Citron (1922-2018)

une historienne anticolonialiste

Suzanne CitronL’historienne Suzanne Citron (1922-2018) est morte à Paris le 22 janvier 2018. Engagée contre le colonialisme lors de la guerre d’Algérie, elle avait fondé ensuite, en 2001, aux côtés de Madeleine Rebérioux et Pierre Vidal-Naquet, le collectif « Trop, c’est trop ! » pour la défense des droits des Palestiniens, dont elle a été, jusqu’à sa mort, l’un des membres les plus actifs.

Le quotidien Le Monde daté du 25 janvier rappelle qu’elle était l’auteur, le 18 juillet 2017, d’une tribune publiée sur lemonde.fr « reprochant au président de la République, Emmanuel Macron, d’entretenir une confusion sur l’histoire de France en invitant le premier ministre israélien pour la commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv. Le propos était bref – trois paragraphes –, mais sans concession. “Je dénie formellement toute justification à la présence d’un homme cautionnant les exactions et les méfaits de la colonisation israélienne en Palestine et je récuse la sempiternelle et démagogique confusion entre antisémitisme et critique de l’Etat d’Israël”, écrivait-elle ». En même temps, elle était, avec notamment Sophie Bessis, l’une des signataires du texte du collectif « Trop, c’est trop ! » intitulé « Que fait M. Nétanyahou à la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv ? », publié en particulier par Mediapart le 15 juillet 2017 : « M. Macron n’est certainement pas antisémite mais, en mêlant Israël à une commémoration française, il semble porter inconsciemment toute la mémoire de l’antisémitisme européen, selon lequel un Juif n’est jamais vraiment un Français ou un ressortissant d’une autre nation, il relève d’une appartenance autre, il est d’abord et parfois seulement un Juif. Tant qu’en Europe et ailleurs, on continuera à confondre judéité et Etat d’Israël, on nourrira d’une part l’antisémitisme et on encouragera de l’autre cet Etat à instrumentaliser celui-ci pour poursuivre sa catastrophique politique de colonisation ».

Née Suzanne Grumbach, engagée à 20 ans dans la Résistance, à Lyon, en 1942, arrêtée par la Gestapo, elle avait été internée au camp de Drancy le 4 juillet 1944, avant de pouvoir en partir le 17 août lors de la libération de Paris. Encore, à Noël 2017, scandalisée par le fait que le Crif ait demandé au Président de la République, Emmanuel Macron, que la France suive l’exemple de Donald Trump en transférant à Jérusalem son ambassade auprès de l’Etat d’Israël, elle avait insisté auprès du Collectif « Trop, c’est trop ! » pour qu’il réagisse de nouveau. Elle s’est jointe au texte intitulé « Les États-Unis de Donald Trump désavoués à l’ONU sur Jérusalem, la France doit agir plus fortement, à l’opposé des demandes scandaleuses du Crif », qui a été publié notamment le 28 décembre 2017 par le quotidien l’Humanité (lien).

Nul doute qu’elle se serait associée à l’appel publié le lendemain de sa mort par lemonde.fr exigeant d’Israël « la fin des pratiques de détentions qui constituent une violation des droits des enfants », à la suite notamment de l’emprisonnement de la jeune Ahed Tamimi et alors que des centaines d’enfants sont condamnés par des tribunaux militaires.

Lors de son séjour en Israël, les 21 et 22 janvier 2018, le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, a apporté un soutien total au parti des colons en Israël. Le site internet du quotidien Haaretz montre les images de l’expulsion scandaleuse, par la force, des députés représentant la minorité palestinienne d’Israël qui manifestaient silencieusement leur réprobation lors de son discours devant le Parlement israélien.

Dans une situation où en Israël le parti des colons favorable à la poursuite infinie de la colonisation de la Palestine est actif et déterminé, où il est soutenu fortement par les fondamentalistes chrétiens des Etats-Unis dont Mike Pence est un représentant, et où la majorité de l’opinion israélienne est indifférente au sort des Palestiniens, il est clair que seule l’indignation et l’action de l’opinion internationale peut s’opposer au cycle prévisible de la violence. Les voix de personnalités comme Suzanne Citron sont particulièrement importantes pour obtenir de la France et de l’Europe qu’elles condamnent et qu’elles sanctionnent la politique d’Israël de colonisation de la Palestine.

Son exemple nous renforce dans notre détermination à continuer à y contribuer. Merci de nous y aider.

 

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