Atteinte à la libre expression du boycott à Toulouse

Le 18 mars 2016, le conseil municipal de Toulouse, par 58 votes favorables sur 69 élus, a mandaté l’exécutif municipal pour refuser « d’accueillir dans les établissements publics ou subventionnés de la ville de Toulouse des évènements visant à promouvoir le boycott d’Israël. » Et, suite à ce vote, la municipalité a fait savoir le 26 mai à l’association ATTAC qu’elle refusait de mettre à sa disposition une salle de la ville, la salle Ozette, pour une réunion organisée le 31 mai, dont l’objet était d’organiser le soutien à quatre militants poursuivis pour avoir mené la campagne en faveur de Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

En attirant l’attention sur ces faits par un communiqué daté du 30 mai intitulé « L’appel au boycott des produits israéliens : une expression citoyenne qui doit rester libre », la section de Toulouse de la Ligue des droits de l’Homme a souligné que, dans sa lettre, la mairie s’est abritée derrière un arrêt rendu par la Chambre criminelle de la Cour de Cassation le 20 octobre 2015. Celui-ci considère que le délit de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance était établi à l’encontre de ceux qui appellent au boycott de produits alimentaires en provenance d’un pays étranger.

La Ligue des droits de l’Homme a rappelé qu’un recours a été introduit devant la Cour européenne des droits de l’Homme à la suite de la décision de la Cour de Cassation, recours qui soutient que les appels au boycott visant des produits et non des personnes et font partie « d’une critique pacifique de la politique d’un Etat relevant du libre jeu du débat politique, au cœur de la notion de société démocratique ». En effet, pour la Ligue des droits de l’Homme, l’appel au boycott des produits israéliens lancé en 2005 par un collectif d’associations palestiniennes, et soutenu par des associations israéliennes, exprime par un moyen pacifique l’opposition à la politique de colonisation des territoires palestiniens de l’Etat d’Israël. Par conséquent, l’appel au boycott ne saurait souffrir de la moindre restriction dès lors qu’il ne s’accompagne pas de propos racistes ou antisémites qui, eux, doivent être poursuivis sans réserve.

Cette situation à Toulouse fait suite au vote le 16 février 2016 par les groupes PS et LR du Conseil de Paris de deux vœux condamnant l’expression d’appels au boycott. Suite à ces vœux, des menaces ont été exercées à l’encontre des organisateurs de manifestations de la campagne BDS et des pressions ont été faites sur des mairies d’arrondissements pour qu’elle n’accordent pas de salles pour des réunions dans ce cadre.

La section de Toulouse de la LDH a souligné que la Ligue des droits de l’Homme démontrait par ses actes qu’elle n’acceptait ni la mise en cause de la liberté d’expression, ni la moindre dérive raciste ou antisémite, et, qu’à ce titre, elle est fondée à dénoncer les amalgames qui remettent en cause les libertés publiques fondamentales et qui affaiblissent le combat contre le racisme et l’antisémitisme.

Dans ces conditions, rappelant que la LDH demande l’abrogation de la circulaire Michèle Alliot-Marie et la relaxe de tous les militants incriminés dans ce cadre, la section a appelé les élues et élus toulousains à refuser les confusions, les amalgames et les autoritarismes qui jettent un discrédit sur leur neutralité et qui attaquent une liberté d’expression fondamentale, socle de la citoyenneté dans notre pays et dans le monde.

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Une conférence à Paris le 30 mai 2016 : quelles pressions sur Israël ?

Une conférence internationale se tiendra à Paris le 30 mai 2016, avec les ministres des affaires étrangères d’une vingtaine de pays, supposée relancer un processus politique entre Israéliens et Palestiniens et préparer une nouvelle rencontre avec eux. Mais sans pressions internationales fortes, comment amener l’État d’Israël à suspendre sa colonisation de la Cisjordanie, à se conformer au droit international et aux résolutions des Nations unies ? C’est dans ce but que, le 9 juillet 2005, 172 organisations non gouvernementales palestiniennes ont lancé la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions.

En Israël même, ceux qui font partie de la minorité anticolonialiste demandent aussi que des pressions soient faites de l’extérieur pour obliger le gouvernement à cesser la colonisation, même s’ils ne soutiennent pas tous BDS, notamment en ce qui concerne le boycott des produits israéliens par les consommateurs d’Europe ou d’ailleurs.

« Trop, c’est trop ! » publie sur son site trois points de vue d’Israéliens anticolonialistes à ce sujet : Gideon Levy, Slomo Sand et Uri Avnery. Tous trois se rejoignent pour dénoncer les accusations d’antisémitisme à l’encontre de cette campagne, mais Avnery la juge contre-productive en raison des craintes et des préventions que le boycott des produits israéliens par les consommateurs suscite dans la société israélienne. Il nous incite à réfléchir sur la manière la plus efficace d’opérer des pressions sur Israël.

Les israéliens anticolonialistes face au boycott d’Israël

En matière de « sanctions », la mesure la plus redoutée par le gouvernement Netanyahou est la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. C’est elle qui est la plus susceptible de susciter des soutiens en Israël et c’est cette suspension que le gouvernement français et les gouvernements européens représentés à la conférence de Paris doivent mentionner explicitement si le gouvernement israélien refuse d’arrêter sa colonisation de la Cisjordanie.

« Trop, c’est trop ! »le 26 avril 2016

Contact et soutiens à ce texte trop-cest-trop@laposte.net

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Manuel Valls a passé les bornes

Nous sommes profondément choqués par les propos du premier ministre Manuel Valls qui a affirmé, le 7 mars, lors du dîner du CRIF, que l’antisionisme est « tout simplement le synonyme de l’antisémitisme et de la haine d’Israël ». Il a repris les accusations de Benyamin Netanyahu prétendant que ceux qui critiquent sa politique de colonisation des territoires palestiniens occupés en 1967 sont des antisémites. Manuel Valls a aussi stigmatisé « l’antisémitisme dans les quartiers populaires d’une jeunesse radicalisée », faisant écho aux propos l’an dernier le président du CRIF qui attribuait « toutes les violences antisémites » en France aux « jeunes musulmans ». Cette accusation à l’emporte-pièce, comme l’assimilation de tout antisionisme à de l’antisémitisme, par lesquelles Manuel Valls cherche à imposer à la France des conceptions très personnelles, sont inadmissibles.

L’existence d’un mouvement juif antisioniste a marqué l’histoire du judaïsme européen au XXe siècle. En l’ignorant, Manuel Valls se fait manipuler par les gouvernants israéliens qui cherchent à cacher l’existence de cet antisionisme. L’antisionisme est une position politique qui n’a rien à voir historiquement et conceptuellement avec le racisme anti-juif, même si certains courants masquent leur antisémitisme par le recours à un langage antisioniste. Ses déclarations sont un poignard dans le dos des mouvements anticolonialistes israéliens affrontant aujourd’hui dans des conditions de plus en plus difficiles l’expansionnisme colonial du gouvernement Netanyahu qui les accuse de faire le jeu des antisémites. Confondre antisionisme et antisémitisme conduit à criminaliser des positions politiques, comme celles de la campagne BDS, Boycott, Désinvestissement, Sanctions. Cela revient à interdire tout débat sur la question israélo-palestinienne et son histoire.

Autant la vigilance est indispensable vis-à-vis de toute forme de racisme anti-juif qui se mêlerait au soutien des droits des Palestiniens, faisant alors du tort à leur cause, autant on ne peut jeter le discrédit sur les réactions de solidarité qu’expriment de nombreux de nos concitoyens héritiers de l’histoire coloniale. L’histoire de l’antisémitisme européen, le terme de sionisme et ses multiples usages jusqu’à aujourd’hui sont l’objet de deux contributions sur le site de « Trop, c’est trop ! »

Une troisième porte sur la nécessaire demande de suspension de l’Accord d’association de l’Union européenne avec Israël. C’est cette exigence de sanctions — qui correspond au S de BDS — dont nous souhaitons souligner l’importance aujourd’hui. Il est scandaleux que les campagnes de boycott des produits israéliens soient accusées d’être en elles-mêmes antisémites et poursuivies en France au mépris de la liberté d’expression. Nous protestons en particulier contre les atteintes à celle-ci intervenues récemment lors de trois manifestations parisiennes, suite à une prise de position scandaleuse du Conseil de Paris, de la part de la police contre des personnes portant un tee-shirt avec l’inscription « Boycott Israël ». Ces actes de répression, comme les arrêts de la Chambre criminelle de la Cour de cassation d’octobre 2015 sur lesquels ils se fondent, sont contraires aux droits de l’Homme. Le droit de manifester librement, de manière pacifique, hors de toute expression raciste ou antisémite, contre la politique de cet Etat, doit être fermement défendu.

Mais, pour notre part, nous préférons appeler à la suspension de l’Accord UE-Israël plutôt qu’au boycott des produits israéliens. La question du boycott est aussi choisie par les défenseurs de la politique de cet Etat comme un moyen d’instrumentaliser la peur de l’antisémitisme chez les Juifs de France pour tenter de leur faire défendre sa politique. La demande de suspension de cet accord, déjà votée en 2002 par le Parlement européen mais non suivi d’effet, et de l’arrêt de toute coopération militaire et sécuritaire, est non seulement la plus redoutée par cet Etat mais la plus efficace pour développer en France et en Europe la solidarité avec la Palestine, elle n’offre pas de prise à cette instrumentalisation par nos ennemis de réactions de crainte héritées de l’histoire européenne chez une partie des Juifs et de l’opinion. La suspension de l’Accord UE-Israël doit faire l’objet d’une vaste campagne fondée sur le droit international et l’appel à la raison pour que l’Union européenne ait le courage de prendre une telle décision.

Sophie Bessis, Monique Chemillier-Gendreau, Alice Cherki, Suzanne Citron, Jeanne Favret-Saada, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Véronique Nahum-Grappe, Bernard Ravenel et Georges Vigarello

Article repris dans l’Humanité du 11 mars 2016 :

http://www.humanite.fr/au-diner-du-crif-manuel-valls-passe-les-bornes-601831

 

 

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Trop, c’est trop ! Colonisation de la Palestine : l’hypocrisie doit cesser

Article publié ce jour ici sur Médiapart

Etienne Balibar, philosophe, Alice Cherki, psychanalyste et Mohammed Harbi, Gilles Manceron et Bernard Ravenel, historiens, considèrent que le crime commis fin juillet dans un village de Cisjordanie contre une famille palestinienne, dont le père et un bébé ont été brûlés vifs est une conséquence directe de la colonisation. Avec le collectif « Trop, c’est trop ! », ils militent pour que des sanctions soient imposées à Israël.

Le 31 juillet en Palestine occupée, Continuer la lecture de Trop, c’est trop ! Colonisation de la Palestine : l’hypocrisie doit cesser 

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