Un témoignage pour la conférence de presse du 16 novembre 2016

Pour la conférence de presse du 16 novembre 2016

sur la rupture de l’accord d’association UE-Israël

Je regrette de ne pas être parmi vous aujourd’hui, mais je quitte à peine la Palestine où je viens d’effectuer une mission culturelle et universitaire de dix jours. J’ai pu me rendre à Ramallah, Bethléhem, Naplouse, Hebron (que nous devrions appeler de son nom arabe : El Khalil), et même Gaza.
Je croyais connaître la situation, mais la voir et la ressentir, c’est bien autre chose.

J’ai vu le mur de béton plus haut que celui de Berlin qui encercle les Palestiniens.
J’ai vu les colonies qui mitent le territoire palestinien et où les colons israéliens s’enferment eux-mêmes dans de nouveaux et paradoxaux ghettos.
J’ai vu comment le mur et les colonies enserrent des villes palestiniennes telles que Bethléhem en leur ôtant toute possibilité de développement.
J’ai vu comment les Palestiniens sont assignés à résidence dans les confettis de territoire qui leur sont concédés, ne pouvant même pas pour la plupart d’entre eux se rendre à Jérusalem-Est (la partie essentiellement arabe de la ville).
J’ai vu les fermetures arbitraires et inopinées des postes de contrôle israéliens qui obligent les Palestiniens à d’infinis détours à l’intérieur même de la Cisjordanie.
J’ai vu et passé le poste de contrôle totalement déshumanisé et glaçant d’Erez qui boucle Gaza et entendu les drones qui surveillent la zone en permanence.
J’ai vu la pénurie de carburant, de béton, d’électricité qui règne à Gaza.
J’ai vu à Jérusalem la profonde ignorance et l’indifférence de la plupart des Israéliens à l’égard des territoires palestiniens où la grande majorité n’a jamais mis les pieds.
J’ai vu les enfants de Palestine qui n’ont jamais pu aller au bord de la mer.

J’ai surtout vu un peuple endurant et nullement résigné.
J’ai vu des gens forts et gais, accueillants et chaleureux.
J’ai vu des jeunes gens avides de savoir, rêvant de voyager en Europe et aucunement tentés par le djihad.
J’ai vu des jeunes filles, largement majoritaires à l’Université, vives et sans soumission.
J’ai vu des collègues aussi impliqués dans la transmission des connaissances scientifiques modernes que dans les recherches les plus avancées.
J’ai vu la subtilité avec laquelle les Palestiniens, et les Palestiniennes encore plus, cherchent à concilier leurs traditions avec une émancipation assumée.

La Palestine est occupée, colonisée, emmurée.
Mais les Palestiniens sont plus que vivants.
Ils ne nous demandent rien.
Mais nous leur devons notre solidarité.

Depuis Naplouse, le 14 novembre 2016
Jean-Marc Levy-Leblond

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Par Jean-Marc Lévy-Leblond, 14/11/2016